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Tsipras, un modèle pour Hollande ?

 

 

 

Lors du succès électoral de Syriza, la gauche de la gauche s'est associée à ce succès et a présenté l'action du nouveau gouvernement grec comme un modèle de ce qu'aurait dû faire Hollande pour la France : refuser la logique purement budgétaire de l'Europe en s'opposant frontalement à l'Allemagne et engager une politique de soutien aux catégories les plus défavorisées.

 

On sait que François Hollande, depuis son élection en 2012, a adopté une position moyenne, conciliatrice, qui lui est reprochée à la fois par la gauche car pas assez audacieuse, et par la droite, car pas assez libérale. Il savait que la France, lourdement endettée, ne « pesait » pas très lourd sur l'échiquier international et surtout européen, et il a basé sa stratégie sur le rétablissement du crédit de la France. Rappelons que déjà en 2008, François Fillon avait déclaré être à la tête d'un Etat dont « les caisses (étaient) vides ». Son adversaire est bien la finance, mais c'est un adversaire dont il mesure la puissance.

 

La situation de la Grèce tient à deux sortes de causes. D'une part des causes endogènes, la corruption, la fraude fiscale, le clientélisme et la puissance de certains corporatismes (église, armée, armateurs, …). D'autre part, la spirale de l'endettement. Les prêts n'ont pas été utilisés pour moderniser l'économie et rendre le pays solvable, et, le temps passant et les intérêts s'accumulant, de nouveaux prêts devenaient indispensables pour simplement faire face aux échéances des dettes antérieures. La dette a créé de la dette. Cela sous l'impulsion, principalement, du FMI. Dominique Strauss-Kahn l'a lui-même reconnu : « le FMI a fait des erreurs et je suis prêt à prendre ma part de responsabilité » (note sur Twitter le 27 juin 2015). Son successeur, Christine Lagarde, est pourtant parmi les plus inflexibles face à Athènes. Elle propose un allègement de la dette contre des réformes drastiques (retraites, TVA, privatisations, etc.).

 

La dette grecque a été « restructurée » en 2012. En clair, les Etats et autres institutions publiques ont repris à leur compte les crédits détenus par les banques privées, une sorte de nationalisation des déficits à l'échelle mondiale. Elle s'élève à 313 milliards d'euros, soit 177% du PIB. Le FESF (Fonds européen de stabilité financière) détient 130,9 milliards, la BCE (Banque centrale européenne), 26,9 milliards, le FMI (Fonds monétaire international), 20,6 milliards, et les pays de l'union monétaire 52, 9 milliards.

 

L'ensemble de ces créanciers exigent de l'austérité budgétaire pour permettre le remboursement, et ce malgré le fait que pratiquement tous les économistes, des diverses écoles de pensée, estiment que l'économie grecque ne pourra pas supporter les nouveaux efforts d'austérité demandés par les créanciers. Plus d'austérité la fera entrer en récession et éloignera encore un peu plus la possibilité pour la Grèce de rembourser un jour sa dette.

 

Dans un premier temps, l'audace d'Alexis Tsipras a été récompensée : la large victoire du non a conforté le premier ministre grec, qui pouvait reprendre les négociations en meilleure position. Du moins en apparence, car en fait il semble bien que la finance, son adversaire, avec quelques autres castes, ait pris une longueur d'avance. Les dépôts des armateurs ont déjà quitté le pays. Non pas toujours de leur propre initiative, mais sur « l'ordre » de leurs banques : « tout l'argent doit être conservé à l'étranger, en dollars ». Ce sont notamment les banques britanniques qui ont donné cette consigne et la City est devenue, après le Pirée, le deuxième centre pour les armateurs grecs. Bien à l'abri à Londres, avec des comptes en dollars, les armateurs ne veulent pas entendre parler de payer des impôts en Grèce. Le « Grexit » serait favorable aux armateurs : recettes en dollars et coûts (salaires locaux) dans une drachme dévaluée. Dans le projet que Tsipras vient de présenter à l'Europe et à son parlement, le budget militaire n'est diminué que de quelques centaines de millions. La Grèce vit-elle toujours sous la menace d'un coup d'Etat ?

 

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Nombreux sont ceux qui, en France, pensent qu'il suffit de taper du poing sur la table pour se faire entendre. Le cas Tsipras montre que cela ne suffit pas et que la bravade n'a qu'un temps, qu'il faut tenir compte des rapports de force réels. Hollande veut aider Tsipras sans se brouiller avec Merkel. Non pas par amour pour celle-ci, mais parce que une telle brouille lui retirerait toute influence en Europe sur les autres pays qu'il s'agit de convaincre. D'où sa phrase à Tsipras : « Je suis prêt à t'aider, mais aide moi à t'aider ». Le réalisme politique est moins glorieux que le donquichottisme, mais peut-être un peu plus efficace.

 

 

 



11/07/2015
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