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PIB contre Espérance de vie

Le Monde du 10 Juillet 2015 a publié un article de Claire Guélaud intitulé « Au-delà du produit intérieur brut ». Il y est dit à juste raison que le traitement de la crise grecque aurait pu (et dû) être tout autre si avaient été pris en compte d'autres dimensions de la « réussite économique » et du « progrès » que la mesure comptable du produit intérieur. Mais au-delà de la crise grecque, c'est une remise en cause globale du produit intérieur brut comme indicateur essentiel de la réussite économique qui est le sujet essentiel de l'article, qui passe en revue ce qui s'est fait dans ce domaine depuis déjà plusieurs années, tant au niveau international que dans différents pays.

Sur les initiatives et les propositions faites pour mesurer autrement la richesse et le progrès économiques, on constate, à la lecture de cet article, que les institutions et les chercheurs qui travaillent sur ces questions restent depuis de nombreuses années à suivre les mêmes pistes. En résumé, leur idée est de compléter l'indicateur PIB par d'autres indicateurs, judicieusement choisis, qui mesureraient d'autres aspects de la vie humaine : santé, éducation, démocratie, etc. Je ne suis compétent ni pour discuter ces choix, ni pour évaluer les problèmes techniques qu'ils peuvent poser, et je me bornerai donc à deux remarques : 1/ n'importe quel choix, même largement consensuel, implique, consciemment ou non, une référence culturelle et un choix axiologique (la santé vaut-elle plus que la liberté ? Ou l'éducation?) et n'appartient donc pas au domaine scientifique, mais aux domaines moral et politique ; 2/ la multiplication des critères entraîne fatalement une complexité accrue des mesures et des calculs d'agrégation, quels que soient les moyens mathématiques et humains mis en œuvre ; le dosage des diverses composantes, au-delà de son aspect purement technique, renvoie d'ailleurs à la problématique axiologique.

Jean de Kervasdoué (voir Le Monde du 20 mai 2005) avait proposé, il y a dix ans, de remplacer l'indicateur fétiche du PIB (Produit intérieur brut) par celui de l'espérance de vie. Cette suggestion, selon moi, allait effectivement au cœur du problème du point de vue de la technique économique ("ce critère se calcule facilement et se décline aisément selon le sexe, l'âge, le milieu social, les différents territoires d'un pays, ce qui n'est pas le cas du PIB, dont les estimations sont longues, onéreuses et fastidieuses"), et aussi du point de vue logique : "l'espérance de vie mesure la condition essentielle d'une éventuelle jouissance des biens terrestres" et, j'ajouterai, de la capacité de travailler, condition elle aussi de la production comme de la consommation des richesses tant valorisées. Cet indicateur est neutre du point de vue axiologique, car il ne préjuge pas de ce qu'est « une vie réussie », et complet, car, finalement, l'économie consomme de la vie, dans le travail et les externalités négatives, et en produit, par les richesses qu'elle procure à la population. Loin d'être un élément à prendre en compte parmi d'autres, la vie, mesurée par l'espérance de vie, est bien le résultat essentiel qu'on attend d'une économie.

J'ignore pourquoi cette proposition de Kervasdoué est systématiquement ignorée.



15/07/2015
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