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Une nouvelle morale ?

Une nouvelle morale laïque est en train de naître. A l'heure où, justement, on entend de part et d'autre le refrain du désenchantement, du déclin des valeurs, voire de la décadence, sans tambour ni trompette, lentement et sûrement, les consciences en France et ailleurs élaborent les valeurs et les règles d'une morale qui, sans le nier ni l'affirmer, ne doit rien à Dieu, ni à Allah, ni à Yahvé, ni à Bouddha, ni à qui que ce soit d'autre que les hommes qui, souvent sans même en être conscients, la construisent pierre après pierre et la disent mot après mot.

De quel mont Sinaï cette nouvelle morale descend-elle ? Qui la proclame ? Elle ne descend pas sur les hommes, elle en émane. Elle n'est pas proclamée, elle s'installe, doucement, progressivement, dans les cœurs et les esprits.

Le romantisme, au XIXème siècle, en Europe, a semé la révolte, révolte contre les tyrannies, révoltes nationales contre les empires, révolte contre les rois et empereurs de droit divin et les églises qui les soutenaient et s'en abritaient. Nietzsche l'a proclamé : « Dieu est mort ! », parole orgueilleuse et désespérée à la fois. Le vingtième siècle, avec ses tyrannies pires encore que celles que les peuples avaient plus ou moins renversées le siècle précédent, avec les génocides, arménien d'abord, juif ensuite, et le mal absolu de l'hitlérisme, puis encore au Rwanda, en Afrique, en Asie, ont achevé de convaincre beaucoup d'entre nous que, décidément, si Dieu n'était pas mort, il aurait presque mieux valu qu'il le fût, si c'était pour permettre ça.

Et puis, dans l'euphorie du commerce mondial et de la société de consommation, oubliant ceux qui ne consommaient que les racines des arbres, s'est développé dans les pays dits « avancés » ce que les églises ont appelé improprement « matérialisme » et « individualisme », l'attachement à la consommation, à la possession, à la quantité, à l'argent, pervertissant toutes les conduites : management cynique dans les entreprises, thésaurisation et spéculation dans l'économie, violence et sadisme dans la sexualité, gloutonnerie dans l'alimentation, précipitation dans la décision. Une forme d'immoralité a envahi nos sociétés. Non pas d'absence de morale, d'amoralisme, mais bien d'immoralisme, car non seulement on se souciait comme d'une guigne de respecter autrui, de modérer ses appétits, mais encore c'était bien de se montrer agressif et possessif, comportements rebaptisés « dynamique », « gagnant », « conquérant », etc. Par une étrange inversion des signes, le matérialisme d'Epicure, qui prônait de raisonner ses appétits et de ne s'intéresser qu'à ce qui est nécessaire et naturel, était devenu la religion du fric et de l'abus, et l'individualisme des Lumières, qui prônait l'émergence d'une conscience individuelle participant à la souveraineté du peuple, désignait maintenant l'égoïsme et le repli sur soi.

Tantôt affiché avec cynisme, revendiqué comme une forme de liberté, tantôt recouvert d'un voile hypocrite par les églises, l'immoralité a gagné une grande part de nos sociétés, s'est installée dans une sorte de normalité tolérée tant qu'elle se couvrait de l'un des oripeaux de la liberté ou de la pudeur ostentatoire, cheveux fous ou loden sage.

Parallèlement, la vulgarisation de la culture, la démocratisation de l'école, l'esprit de mai 68, ont diffusé dans la société des idées nouvelles de liberté et de tolérance, parfois dévoyées, mais toujours prêtes à être évoquées, discutées, scrutées, analysées, affinées, faisant renaître l'esprit des Lumières. A l'inverse, les parties de la société les moins ouvertes à ce mouvement libérateur se sont tournées vers les religions, avec le zèle du converti. Les musulmans en premier, pour la plupart étrangers à cette veine historique, catholiques, juifs et protestants ensuite, souvent par attitude politique plus conservatrice.

La politique et les affaires nous mettent maintenant en présence de méfaits que toute la société s'accorde à juger sévèrement. Les pratiques dont ces actes relèvent sont en fait très anciennes, et font partie de ce mélange de cynisme et d'hypocrisie qui caractérise la morale de l'après-guerre jusqu'à maintenant. Ce qui est nouveau, ce ne sont pas ces pratiques, mais le jugement que l'on porte sur elles. Et ce jugement nouveau est le produit du double renouveau moral que j'évoquais juste à l'instant, issu aussi bien des Lumières et de mai 68, que du retour aux religions.

Il est en train d'émerger, en France et dans d'autres pays des Lumières, un renouveau moral, fait de tolérance, de rejet des préjugés, d'attachement aux libertés, de fraternité à l'égard des humains, qui contraste et avec l'égoïsme arriviste et avec l'obscurantisme religieux. Quelle est son importance ? Quel est son avenir ? C'est, en tout cas, mon espoir.



29/03/2017
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