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Renégocier le traité européen Lettre ouverte à Thomas Piketty

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Cher Monsieur Piketty,

J'ai écouté avec intérêt vos interventions à la radio et à la télé en faveur d'une primaire à gauche. Je n'ai pas d'opinion particulière sur l'opportunité politique d'une telle primaire, et c'est seulement sur un point de la politique économique de François Hollande que je souhaite vous adresser une remarque.

Vous avez dit (si j'ai bien compris) que l'erreur fondamentale de Hollande a été de ne pas renégocier, dès le début de son mandat, le traité européen, de façon à obtenir une plus grande marge de manœuvre pour déployer une politique plus redistributive et plus orientée vers l'investissement. Il ne fait pas de doute que c'est une telle politique qu'attendaient la plupart des électeurs qui avaient voté pour lui, et la plupart des experts s'accordent à penser qu'elle permettrait effectivement d'inverser la fameuse courbe du chômage.

La question qui se pose est donc celle de savoir pourquoi M. Hollande ne l'a pas suivie. Par esprit malin de trahison ? Par lâche abandon devant les pressions du patronat ? C'est, en gros, ce que lui reproche la « gauche de la gauche ». Il s'agit évidemment de tout autre chose.

Renégocier un traité pourtant ratifié demande un rapport de forces favorable. M. Tsipras en a fait la terrible expérience. Rappelons que M. Hollande est venu au pouvoir « à la tête d'un État en faillite », selon l'expression de M. Fillon, alors Premier ministre. En tant qu'économiste, vous n'êtes pas sans savoir qu'entre un créancier et son débiteur, c'est le premier qui détient un pouvoir sur le second. Il faut aussi se souvenir qu'en arrivant au pouvoir, François Hollande n'avait dans son CV, comme titre de gloire, que celui de président du Conseil général de Corrèze et de Premier secrétaire d'un parti qui ne représentait, au mieux, que 15% de l'électorat et au sein duquel il était loin de faire l'unanimité. Quel poids un tel interlocuteur, endetté et sorti du fin fonds de la campagne française et du magma intellectuel du PS, pouvait-il avoir vis-à-vis de la puissante Allemagne, des banques luxembourgeoises, de la City londonienne, des paradis fiscaux d'Irlande et de Belgique, etc. ?

On peut le regretter, mais c'est une réalité, la première tâche de M. Hollande ne pouvait être autre que de rétablir le crédit international de la France, malgré ses crédits financiers. C'est ce qu'il a essayé de faire, et il y a assez bien réussi. La contrepartie a été, malheureusement, une politique incomprise et la perte de confiance d'une grande partie de ses électeurs. Mais j'aurais attendu de l'économiste que vous êtes, une plus grande attention à la réalité du rapport de forces entre l'endetté et les créanciers. Au Bourget, M. Hollande avait déclaré que son adversaire était la finance (pas les entreprises, on l'aura noté). Il se trouve que cet adversaire est autrement plus puissant que le député-maire de Tulle.



12/01/2016
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